AléaPluie : connaître l'incertitude pour éclairer la prise de décision
Contexte / Enjeux
En capitalisant sur des travaux de recherche préalables menés avec Météo-France, l’Acta a conçu le service AléaPluie. Plus qu’une donnée météo supplémentaire, il cartographie la probabilité d’atteindre un certain seuil de cumul de pluie sur les deux semaines à venir. Les instituts techniques agricoles peuvent ainsi formaliser des conseils agronomiques adaptés aux enjeux de leurs filières.

Si les agriculteurs ont les yeux rivés sur les bulletins météorologiques, c’est que la météo s’avère stratégique pour la prise de décision au quotidien.
Dans un contexte de changement climatique, les épisodes de pluie deviennent de plus en plus erratiques. Les prévisions s’affinent « mais, quand il s’agit de précipitations, elles ne sont jamais complètement fiables ; et plus l’échéance de la prévision s’éloigne, plus le risque d’erreur augmente », rappelle François Brun, responsable du pôle Agriculture numérique et science des données à l’Acta.
L’Acta et le réseau des instituts techniques agricoles ont donc mûri l’idée de mieux valoriser les données issues du Centre européen de prévision météorologique (ECMWF) en partenariat avec Météo-France, en s’appuyant sur des travaux de recherche amorcés dès 2018. L’année 2022 a servi de catalyseur. « La France a connu une sécheresse historique, laissant les agriculteurs démunis face à leurs prises de décision, notamment pour les semis de colza ou la gestion des prairies. », rappelle François Brun. Or, comme le souligne Matthieu Loos, ingénieur développement chez Terres Inovia, « un semis précoce est gage d’un colza robuste, pour éviter les risques liés aux grosses altises adultes. Il faut donc viser une levée avant le 1er septembre pour atteindre le stade 4 feuilles avant le 20 septembre. Il convient donc, autant que possible, de chercher à semer la première quinzaine d’août pour bénéficier d’épisodes de pluie plus probables que durant la deuxième quinzaine ».
Pour répondre à l’urgence, la forte réactivité du réseau Acta et de ses partenaires (Arvalis, Idele, IFV, Terres Inovia et Météo-France) a permis de lancer l’outil en quelques jours. Ce service, disponible gratuitement, cible principalement les agriculteurs et les conseillers.
Probabiliser l’incertitude pour proposer un scénario
Pour François Brun, l’enjeu d’un outil comme AléaPluie n’est pas d’atteindre une précision absolue, mais d’inciter les conseillers et les agriculteurs à raisonner sur la base de scénarios plus ou moins probables. Autrement dit, pour les 7 ou 14 jours à venir, il s’agit de disposer de scénarios estimant la probabilité d’observer telle ou telle quantité de pluie. « Grâce à la cartographie des probabilités de cumuls de pluie attendus, nous avons une information complémentaire à l’état d’humidité des sols depuis la récolte, utile pour la prise de décision concernant le déclenchement des semis de colza », détaille Matthieu Loos. « Dans un contexte de sol frais et prêt à semer, s’il n’y a pas de pluies significatives annoncées après le semis, il sera utile de le déclencher sans attendre. À l’inverse, en l’absence de fraîcheur dans le sol, il pourra s’avérer nécessaire d’attendre d’avoir une probabilité significative de recevoir au moins 20 mm pour procéder au semis ». Chez Terres Inovia, l’outil est utilisé dans les réseaux de suivi d’agriculteurs, « et il est très utile pour faire passer les messages et animer les groupes. C’est un appui supplémentaire pour le conseil », complète Matthieu Loos.

10, 15, 20 ou 30 mm
Seuils stratégiques de cumuls de pluie proposés par l’outil sur des périodes de 7 à 14 jours
4000
connexions mensuelles enregistrées au cours du mois d’août, période des semis de colza
50 %
des utilisateurs sont des agriculteurs

Démultiplier les usages filière par filière
D’abord promu à travers des notes d’information, l’outil a été formalisé sous la forme d’une interface accessible à tous. L’ergonomie s’est améliorée et des réflexions sont en cours pour proposer un zoom géographique et, évidemment, affiner la qualité des prévisions. « Une vaste enquête va être menée pour comprendre plus finement comment les agriculteurs et les conseillers appréhendent et utilisent l’outil », complète François Brun, qui ajoute : « En s’inspirant de l’expérience de Terres Inovia, il s’agira de proposer l’outil aux autres instituts en formalisant des règles de décision spécifiques pour l’appropriation du conseil (désherbage mécanique en agriculture biologique, déclenchement des irrigations, gestion des fourrages…).En termes de perspectives, il sera évidemment utile d’intégrer ces données probabilistes dans les autres OAD disponibles. »
Avec ce service, l’Acta a su transformer des données scientifiques en un outil utile et impactant pour accompagner les agriculteurs dans leurs prises de décision, devenues de plus en plus stratégiques et complexes face aux aléas climatiques.