Contexte / Enjeux

Pour accompagner les viticulteurs méditerranéens face au changement climatique, l’IFV (Institut français de la Vigne et du vin) mène une initiative de rupture basée sur l’hydrologie régénérative. L’objectif est de préserver et de maintenir la productivité des vignobles sans irrigation. Le Château Lastours fait partie des projets pilotes.

 

L’hydrologie régénérative pour la résilience des vignobles face au défi climatique
Anne-Laurence de Gramont, directrice du domaine du Château Lastours

 

Au cœur des Corbières, près de Narbonne (Aude), Anne-Laurence de Gramont, directrice du domaine du Château Lastours, témoigne d’une situation climatique alarmante : « Nous avons basculé dans un climat semi-aride avec des années cumulant moins de 250 mm de pluie, des pics de chaleurs et du vent desséchant ». Le constat s’est révélé brutal, des rendements divisés par deux, des sols desséchés sur 2 mètres de profondeur et des vignes mortes. « Face à cette réalité, il était devenu urgent de mettre en œuvre différents leviers d’adaptation. L’enjeu est de proposer un modèle d’adaptation viable, sans irrigation, pour pouvoir pérenniser l’activité économique sur un territoire déjà fortement contraint face à l’urgence climatique », explique Anne-Laurence de Gramont.

Le Château Lastours fait partie des deux démonstrateurs pilotes baptisés Hydrolience dans la région Languedoc-Roussillon. « Ces démonstrateurs sont plus précisément des parcelles d’expérimentation. Ils s’inscrivent dans le projet national Vitilience qui déploie des solutions d’adaptation concrètes sur les différents terroirs viticoles de la France », explique Mélissa Merdy, coordinatrice du projet national à l’IFV (Institut français de la Vigne et du vin). « Les réponses au changement climatique doivent se décliner en région, car les aléas subit et les conséquences sont propres à chaque territoire ».

Des parcelles pilotes pour tester la résilience du vignoble

Pour adapter la vigne au manque d’eau, le démonstrateur Hydrolience déploie différents leviers d’adaptation. Mais surtout, le projet s’appuie sur une innovation de rupture : l’hydrologie régénérative. Cette approche vise à repenser l’aménagement des parcelles pour mieux capter, stocker et faire circuler l’eau. Le terrain est structuré en suivant les courbes de niveau. Différentes infrastructures d’hydrologie douce (petits fossés, mares tampons) ont été déployées, tout comme la plantation de haies et la revitalisation des sols.

« S’engager dans ces démarches implique beaucoup d’investissements, d’autant que ces approches sont peu renseignées d’un point de vue technique et scientifique. Mais cela devient supportable grâce au partenariat avec l’IFV afin de collecter les données, enrichir les connaissances et valider la viabilité du modèle », précise Anne-Laurence de Gramont. Un point sur lequel Mélissa Merdy insiste « l’IFV assure la coordination et le pilotage du programme au niveau national, en facilitant l’acquisition de données, la mutualisation des efforts et la veille internationale pour enrichir et inspirer la réflexion. En régions, des événements dédiés de communication sont déployés et co-construits avec les structures partenaires et les porteurs de projets avec l’objectif de partager les acquis et les retours d’expériences auprès de tous les professionnels ».

L’hydrologie régénérative pour la résilience des vignobles face au défi climatique
Mélissa Merdy, coordinatrice du projet national à l’IFV

La démonstrateur Hydrolience dépasse le cadre de la simple expérimentation locale, il enrichit un futur modèle viticole méditerranéen capable de faire face à la réalité du changement climatique. L’acquisition de données et le partage d’expérience sont indispensables à l’adoption de nouvelles pratiques susceptibles de pérenniser la production viticole sur les territoires.

L’hydrologie régénérative pour la résilience des vignobles face au défi climatique
Au Château de Lastours, deux parcelles entièrement restructurées pour être pilotées en hydrologie régénérative. La parcelle du bas est plantée sur un motif keyline pour chercher à redistribuer l’eau latéralement en suivant les courbes de niveaux. Sur la parcelle au-dessus, il a fallu en plus terrasser pour compenser la pente.

Hydrologie régénérative : une innovation de rupture

« Face au défi climatique, le projet Hydrolience s’appuie sur une véritable stratégie de rupture pour l’exploitation viticole avec l’hydrologie régénérative. Mais il est indispensable d’acquérir des références techniques et scientifiques sur le moyen et long terme (6 à 10 ans) pour appréhender la viabilité du système. Ce projet multifactoriel met en œuvre d’autres leviers comme le matériel végétal (choix du cépage et du porte-greffe), explore de nouvelles façons de planter, la mise en place du greffon sur des porte-greffes déjà en place et des techniques de taille moins contraignantes pour les besoins en eau de la vigne. Le démonstrateur Hydrolience s’inscrit au sein d’un réseau de 17 démonstrateurs pilotés par l’IFV, stratégiquement répartis dans chaque bassin viticole afin de tester des solutions d’adaptation au changement climatique qui répondent aux enjeux spécifiques de chaque territoire. » Eric Serrano, directeur régional à l’IFV

Hydrologie régénérative : une innovation de rupture
Éric Serrano, directeur régional à l'IFV