Des plantes de couverture pour une production durable de bananes
Contexte / Enjeux
En 2008, le Plan Banane Durable lancé en Guadeloupe et Martinique a permis de promouvoir une production de bananes plus écologique. Dans le cadre de ce plan, porté par l’Institut Technique Tropical (IT2), l’introduction des plantes de couverture en bananeraie a permis de réduire drastiquement l’usage des produits phytopharmaceutiques. Par ailleurs, ces couverts jouent un rôle clé dans la durabilité des systèmes de culture.
Que ce soit en cultures tempérées ou tropicales, les couverts végétaux sont reconnus comme leviers agronomiques indispensables pour concevoir des systèmes de cultures performants et résilients. Dans le cadre du plan Banane Durable, cette approche a fait l’objet de travaux expérimentaux à travers la plateforme collaborative « Systèmes de culture innovants » pilotée par l’Institut Technique Tropical (IT2) et le Cirad. Ces travaux, auxquels Loïc Monsoreau, technicien d’expérimentation à l’IT2, a contribué ont notamment permis d’identifier les espèces les plus adaptées « c’est-à-dire celles qui offrent les meilleurs services agronomiques, sans pénaliser techniquement et économiquement les producteurs », résume-t-il.
Ces recherches ont donné lieu à une documentation technique, à la fois pédagogique et pratique, destinée à faciliter l’appropriation de ces nouvelles pratiques par les producteurs. Sur le terrain, des essais et des rendez-vous de bout de champ ont permis d’embarquer une large partie de la profession comme en témoigne Maurice Dominique, producteur sur 3 hectares en Martinique. « Nous devons relever plusieurs défis : répondre aux attentes sociétales en matière de production durable, tout en faisant face à une diminution drastique du monde de matières actives disponibles et efficaces ».


Une pratique bien généralisée aux Antilles
En quelques années, les producteurs ont massivement adopté ces pratiques. En 2022, environ 85% de la production de bananes en Guadeloupe et en Martinique était enherbée soit près de 8000 ha. Ce qui a permis de réduire de 60% le volume d’herbicide utilisé. « Au-delà de la réduction de l’usage des herbicides, les plantes de couverture assurent de nombreux services agronomiques : contrôle des nématodes et des ravageurs, recyclage des éléments nutritifs, maintien de la fertilité des sols, et lutte contre l’érosion » détaille Loïc Monsoreau. Cependant, le coût de la semence, les difficultés d’approvisionnement pour certaines espèces ont conduit les équipes à préconiser une gestion basée sur des espèces spontanées locales. Une approche que Maurice Dominique a expérimenté avec succès : « J’ai semé un peu de petit mouron qui a progressivement colonisé toute la bananeraie. J’ai complétement supprimer l’usage des herbicides. C’est une espèce qui apprécie l’ombre, donc très adaptée à la vie sous bananier. Il peut arriver que quelques adventices repoussent, mais elles se gèrent facilement à la débroussailleuse. Ce couvert spontané permet, en plus de retenir la fraîcheur, de prévenir l’érosion, d’apporter un peu d’azote, et contribue à une meilleure intégration visuelle de la bananeraie. Il ne demande aucun entretien, et c’est essentiel pour maintenir notre compétitivité. »
L’intégration raisonnée des couverts végétaux dans les systèmes bananiers a permis d’engager les territoires ultramarins vers une production à la fois durable et résiliente.

