Nouveaux agriculteurs : une génération connectée, exigeante, en attente d'un accompagnement sur mesure
Légende de la photo : Marianne Sellam (Acta), Edouard Barkhausen (néo-vigneron), Jean-David Chevallier (polyculteur éleveur en ACS), Géraldine Marichal (éleveuses de poules pondeuses), Elsa Pivard (éleveuse laitière) et Pierre Compère.
L’Acta publie une enquête nationale inédite sur les pratiques d’information des agriculteurs nouvellement installés.
À l’occasion de ses 70 ans, l’Acta – réseau des instituts techniques agricoles – dévoile les résultats d’une enquête inédite par Ipsos, là auprès de plus de 300 agriculteurs installés depuis cinq ans ou moins. Comment cette nouvelle génération d’agriculteurs cherche-t-elle l’information utile au pilotage de leur exploitation agricole ? Quelles sources consulte-t-elle ? Quelles sont ses attentes en termes d’innovations et d’accompagnement technique ? Les réponses dessinent des portraits variés et posent de nouveaux défis pour les acteurs de la recherche agricole appliquée.
Une génération qui bouscule les repères traditionnels
Les agriculteurs nouvellement installés ne ressemblent pas à leurs aînés. Plus jeunes, plus féminisés, ils exploitent des surfaces plus importantes – 92 ha en moyenne – et des systèmes plus diversifiés : 1 sur 3 conduit son exploitation en agriculture biologique, soit le double de la moyenne nationale. Leurs trajectoires sont multiples : héritiers directs, reconvertis, CSP+ ou issus des classes moyennes et populaires – autant de profils différents qui expriment des besoins d’accompagnement tout aussi différents. Un chiffre illustre bien cette rupture avec les représentations habituelles : 34 % des nouveaux installés n’ont pas de formation initiale agricole.
Ce qui frappe également, c’est leur rapport à l’avenir : 32 % des nouveaux installés se déclarent optimistes, et seulement 36 % pessimistes dans le contexte actuel. Une génération qui tente, expérimente, et préfère échanger entre pairs plutôt que de s’en remettre à l’expertise d’un conseiller technique.
34 % des nouveaux installés n’ont pas de formation initiale agricole — des profils aux besoins d’accompagnement très différents.
32 % se disent optimistes. Ils ne sont que 36 % à se dire pessimistes.
Une génération résolument “digitale” mais plutôt insatisfaite de l’information qu’elle trouve
Si cette génération est massivement connectée — près de 3 agriculteurs sur 4 s’informent via des supports digitaux, en mobilisant en moyenne 3,7 supports différents — seul 1 nouvel installé sur 10 s’estime très satisfait de l’information qu’il reçoit : trop générale, pas assez adaptée à leur réalité de terrain. Les nouveaux installés expriment donc une frustration nette à l’égard de l’information disponible.
Les réseaux sociaux dominent les pratiques d’information, Facebook en tête, devant Instagram et YouTube. Mais les usages varient selon les profils : Facebook est plébiscité par les « héritiers » (87 %), tandis qu’Instagram est davantage le canal des reconvertis (71 %). Sur le fond, ce sont les thématiques techniques — météo, conduite de culture ou d’élevage, gestion de la fertilisation, santé du troupeau — qui priment pour le pilotage de l’exploitation. La gestion économique n’arrive qu’en sixième position, et l’adaptation au changement climatique ou l’agroécologie restent peu associées spontanément au « pilotage quotidien ».
Malgré cette insatisfaction, le signal commercial est clair : près d’un nouvel agriculteur sur 2 se dit prêt à payer pour une information de qualité. Enfin, 10 % déclarent déjà utiliser l’intelligence artificielle pour s’informer — un signal précoce à surveiller.
1/10 seulement s’estime très satisfait de l’information qu’il reçoit — un signal fort d’une demande réelle, insuffisamment satisfaite.
1/2 se dit prêt à payer pour une information de qualité — signal d’une demande réelle qui ne trouve pas encore réponse.
10 % déclarent utiliser l’IA pour s’informer : un signal précoce à surveiller de près.
La formation continue, un réservoir de confiance à exploiter
Dans un contexte d’insatisfaction vis-à-vis de l’information disponible, la formation continue apparaît comme un levier de confiance fort et sous-exploité : 92 % des nouveaux installés jugent la formation continue importante, et 82 % seraient intéressés à suivre une formation animée par les instituts techniques agricoles, avec une forte attente sur les champs techniques. Le terrain est favorable — il reste à le cultiver.
92 % jugent la formation continue importante — un terreau de confiance à cultiver pour les instituts techniques agricoles.
82 % des nouveaux installés se disent intéressés par les formations que pourraient proposer les instituts techniques agricoles, les champs techniques étant les plus attendus.
À la suite de l’étude AgriNova (juin 2025), cette nouvelle enquête de l’Acta / Ipsos va révéler la diversité et la complexité du portrait social des « nouveaux agriculteurs ». Elle permet de dépasser l’image simpliste qui oppose « petites exploitations bio » et « grosses exploitations conventionnelles » pour donner à voir un renouvellement générationnel beaucoup plus diversifié. Ce qui s’y dessine, c’est une demande d’information utile, concrète, personnalisée — fortement attendue mais plus exigeante, notamment via la digitalisation des contenus. Les agriculteurs cherchent du concret et des situations qui leur correspondent. Ils restent également ouverts et attentifs à la formation continue, d’autant plus pour les profils « reconvertis ».
Du point de vue de l’Acta :
Mieux connaître ces nouveaux agriculteurs doit permettre de mieux répondre à leurs attentes. L’Acta fête cette année ses 70 ans d’existence et d’utilité vis-à-vis de la profession agricole, au travers de la recherche et du déploiement de très nombreuses innovations. En 2026, la raison d’être du réseau des instituts techniques reste la même, les pratiques doivent s’adapter. L’enjeu est celui du renouvellement de la relation entre la recherche appliquée et la nouvelle génération agricole. Ces résultats apportent un éclairage essentiel et de nouveaux repères pour construire la recherche appliquée de demain — une recherche utile à tous les agriculteurs, dans toutes leurs diversités.
ENCADRÉ MÉTHODOLOGIQUE
Enquête quantitative par téléphone (CATI) réalisée par Ipsos bva pour l’Acta. 307 entretiens menés du 13 au 30 avril 2026 auprès d’agriculteurs installés depuis 5 ans ou moins (responsables ou co-responsables de leur exploitation), excluant les reconversions de production et les investissements dans de nouvelles exploitations.
Échantillon pondéré sur le sexe, l’âge, la région et l’orientation de l’exploitation.
Questionnaire de 10 minutes. Intervalle de confiance : 95 %.
Résultats disponibles sur demande.
Cette étude a été réalisée avec la contribution financière du CASDAR (MAASA).