À l’occasion de ses 70 ans, l’Acta – réseau des instituts techniques agricoles – publie une enquête nationale inédite consacrée aux pratiques d’information des agriculteurs nouvellement installés. Réalisée par Ipsos bva auprès de plus de 300 agriculteurs installés depuis cinq ans ou moins, cette étude interroge la manière dont cette nouvelle génération recherche l’information utile au pilotage de son exploitation, les sources qu’elle mobilise et ses attentes en matière d’innovation et d’accompagnement technique.

Les résultats dessinent des portraits variés et mettent en lumière de nouveaux défis pour les acteurs de la recherche agricole appliquée. Plus connectés, plus exigeants, mais aussi souvent insatisfaits de l’information disponible, ces nouveaux installés expriment un besoin fort d’accompagnement plus concret, plus personnalisé et davantage adapté à leurs réalités de terrain.

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Une génération qui bouscule les repères traditionnels

Les agriculteurs nouvellement installés présentent des caractéristiques qui les distinguent de la population agricole dans son ensemble. Plus jeunes et plus féminisés, ils exploitent également des surfaces plus importantes, avec 92 hectares en moyenne. Leurs systèmes de production sont aussi plus diversifiés : un nouvel installé sur trois conduit son exploitation en agriculture biologique, soit le double de la moyenne nationale.

Leurs trajectoires sont multiples. Certains reprennent une exploitation familiale, d’autres viennent d’une reconversion professionnelle. L’enquête met également en évidence une diversité sociale importante, avec des profils issus des CSP+, des classes moyennes ou encore des classes populaires.

Cette diversité se traduit par des besoins d’accompagnement très différents. Un chiffre illustre particulièrement cette rupture avec les représentations habituelles : 34 % des nouveaux installés interrogés n’ont pas de formation initiale agricole.

Des agriculteurs plus optimistes et tournés vers l’expérimentation

L’enquête met aussi en évidence un rapport à l’avenir plus positif que dans la population agricole générale. Parmi les nouveaux installés, 32 % se déclarent optimistes, tandis que 36 % se disent pessimistes dans le contexte actuel.

Cette génération se caractérise également par une forte appétence pour l’expérimentation. Les nouveaux installés déclarent tester davantage, échanger entre pairs et s’appuyer sur les retours d’expérience d’autres agriculteurs. Dans certains cas, ces échanges horizontaux prennent le pas sur le recours à l’expertise d’un conseiller technique.

Ces pratiques traduisent une évolution des modes de circulation de l’information et de validation des choix techniques au sein du monde agricole.

Une génération résolument digitale, mais insatisfaite de l’information disponible

Les supports numériques occupent une place centrale dans les pratiques d’information des nouveaux installés. Près de trois agriculteurs sur quatre s’informent via des supports digitaux, en mobilisant en moyenne 3,7 sources différentes.

Les réseaux sociaux dominent ces usages, avec Facebook en tête, devant Instagram et YouTube. Les pratiques varient toutefois selon les profils : Facebook est particulièrement utilisé par les profils dits « héritiers », avec 87 % d’utilisateurs, tandis qu’Instagram est davantage mobilisé par les agriculteurs issus d’une reconversion, avec 71 % d’utilisateurs.

Les informations recherchées sont principalement techniques. Les sujets les plus cités concernent la météo, la conduite des cultures ou de l’élevage, la fertilisation ou encore la santé du troupeau. La gestion économique arrive plus loin dans les priorités, tandis que l’adaptation au changement climatique et l’agroécologie restent moins spontanément associées au pilotage quotidien de l’exploitation.

Pour autant, cette forte mobilisation des sources d’information ne se traduit pas par une satisfaction élevée. Seul un nouvel installé sur dix s’estime très satisfait de l’information qu’il reçoit. Les répondants jugent notamment les contenus disponibles trop généraux et insuffisamment adaptés à leur situation concrète.

Cette insatisfaction révèle une demande réelle pour une information plus utile, plus contextualisée et directement mobilisable dans la conduite de l’exploitation. Près d’un nouvel agriculteur sur deux se dit d’ailleurs prêt à payer pour accéder à une information de qualité.

L’enquête fait également apparaître un signal émergent : 10 % des répondants déclarent déjà utiliser l’intelligence artificielle pour s’informer, une pratique encore minoritaire mais à suivre de près.

La formation continue, un levier de confiance pour les instituts techniques agricoles

Dans ce contexte d’insatisfaction vis-à-vis de l’information disponible, la formation continue apparaît comme un levier important. 92 % des nouveaux installés jugent la formation continue importante.

L’intérêt pour les formations proposées par les instituts techniques agricoles est également élevé : 82 % des agriculteurs interrogés se disent intéressés par des formations qui pourraient être animées par les instituts techniques agricoles, avec une forte attente sur les champs techniques.

Cette attente concerne particulièrement les agriculteurs issus d’une reconversion, pour lesquels les besoins d’accompagnement, de consolidation des compétences et de repères techniques peuvent être plus marqués.

Mieux connaître les nouveaux agriculteurs pour mieux les accompagner

À la suite de l’étude AgriNovo publiée en juin 2025, cette nouvelle enquête de l’Acta et d’Ipsos bva confirme la diversité et la complexité du portrait social des « nouveaux agriculteurs ». Elle permet de dépasser une lecture simplifiée qui opposerait petites exploitations bio et grandes exploitations conventionnelles, pour rendre compte d’un renouvellement générationnel beaucoup plus diversifié.

Ce qui se dessine, c’est une demande d’information utile, concrète et personnalisée. Les agriculteurs cherchent des contenus qui correspondent à leurs situations, à leurs productions, à leurs territoires et à leurs problématiques quotidiennes. Ils restent également ouverts à la formation continue, à condition qu’elle réponde à leurs besoins opérationnels.

Pour l’Acta, mieux connaître ces nouveaux agriculteurs doit permettre de mieux répondre à leurs attentes. Alors que le réseau fête en 2026 ses 70 ans d’existence et d’utilité au service de la profession agricole, ces résultats interrogent les modalités d’intervention de la recherche appliquée et du conseil technique.

La raison d’être du réseau des instituts techniques agricoles reste la même : produire et diffuser des connaissances utiles aux agriculteurs. Mais les pratiques doivent s’adapter. L’enjeu est désormais de renouveler la relation entre la recherche agricole appliquée et cette nouvelle génération agricole, plus connectée, plus diverse et demandeuse d’informations directement mobilisables.

Ces résultats apportent ainsi de nouveaux repères pour construire la recherche appliquée de demain : une recherche utile à tous les agriculteurs, dans toute leur diversité.

Encadré méthodologique

Enquête quantitative par téléphone réalisée par Ipsos bva pour l’Acta. 307 entretiens ont été menés du 13 au 30 avril 2026 auprès d’agriculteurs installés depuis cinq ans ou moins, responsables ou co-responsables de leur exploitation. Les reconversions de production et les investissements dans de nouvelles exploitations ont été exclus du périmètre de l’étude.

L’échantillon a été pondéré sur le sexe, l’âge, la région et l’orientation de l’exploitation. Le questionnaire avait une durée de 10 minutes. L’intervalle de confiance est de 95 %.

Les résultats sont disponibles sur demande. Cette étude a été réalisée avec la contribution financière du CASDAR, ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire.

Direction Générale
Mehdi Siné
Directeur Général
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