Contexte / Enjeux

Améliorer l’autonomie alimentaire est un enjeu majeur pour les territoires ultramarins, soumis aux aléas climatiques de type tropical et tributaires de l’éloignement géographique de l’Union Européenne. Il est donc important d’encourager le développement des productions légumières et fruitières dans les Départements et Régions d’Outre-mer.

La production de références technico-économiques est indispensable pour accompagner au mieux les agriculteurs ultramarins et favoriser les projets d’installation ou de diversification.

Le projet RRDV (Réseaux de Références en productions de Diversification Végétale) s’impose comme un outil stratégique pour l’acquisition de connaissances technico-économiques sur les principales cultures ultramarines.

Ce projet, piloté par l’Acta et déployé par les acteurs de terrain, fournit aux producteurs des repères précis et fiables pour évaluer leurs performances techniques et économiques et assurer la pérennité de leur exploitation.

Les chiffres des RRDV

  • 4 territoires ultramarins couverts par le réseau (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion)
  • 5 cultures pivots par territoire
  • 57 producteurs suivis en 2025

Que sont les réseaux de références en productions de diversification végétale (RRDV) ?

Dans les Départements et Régions d’Outre-mer (DROM), la valeur totale de la production agricole est estimée à 1 329 millions d’euros par an. Ainsi, les DROM participent à la richesse agricole nationale à hauteur d’environ 2% pour une SAU de seulement 0,6% (source : ODEADOM 2024). Pour soutenir ce secteur, le projet RRDV (Réseaux de Références en productions de Diversification Végétale) lancé en 2014, a pour mission de collecter et de diffuser des données technicoéconomiques fiables. « L’objectif est de pouvoir aider les agriculteurs à avoir une vision précise de leur rentabilité en calculant précisément le coût de production à l’unité produite. Cela aide aussi à pouvoir fixer des prix de vente objectivés », explique Yannick Soupapoulle, secrétaire général de l’Arifel (Association réunionnaise interprofessionnelle des fruits et légumes).

L’action des RRDV repose dans chaque DOM sur :

  • un réseau d’agriculteurs volontaires ;
  • un suivi technique et économique dans la durée de chaque production, réalisé par des conseillers de chambres d’agriculture, d’organisations de producteurs ou d’instituts techniques ;
  • un encadrement, une coordination inter-DOM et une assistance technique à ces travaux et à leurs valorisations par l’Acta et l’Idele au niveau national ;
  • une maîtrise d’œuvre nationale assurée par l’Acta avec l’appui de l’Idele.
réseaux de références en productions de diversification végétale
Des outils pour calculer les coûts de production dans les DOM

L’Acta, maître d’oeuvre national avec l’appui de l’Idele et d’organismes locaux

Ce réseau est soutenu financièrement par l’ODEADOM (Office de développement de l’économie agricole d’Outre-mer) via le programme européen POSEI. « Nous avons signé avec l’ODEADOM une première convention-cadre sur la période 2014-2022, puis une deuxième pour la période 2023-2027 », précise Mathilde Heurtaux.

L’Acta, en tant que tête de réseau, agit comme maître d’œuvre national. Il s’appuie localement sur les organismes chargés des suivis (chambres d’agriculture, instituts techniques, interprofessions…). « L’Acta a joué un rôle essentiel en fournissant l’expertise méthodologique et a permis de cadrer la construction des indicateurs et de définir les éléments précis à relever », témoigne Yannick Soupapoulle.

« Nous nous sommes appuyés sur l’expertise de l’Idele qui, à travers le dispositif INOSYS Réseaux d’élevage dans l’Hexagone et les Réseaux de Références en Élevage dans les DOM, avait l’expérience de l’acquisition de références en productions animales. Nous avons adapté la méthodologie au secteur végétal des territoires d’Outre-mer et co-construit l’outil CONCERTO (Collecte de données sur les cultures de diversification en Outre-mer) », complète Mathilde Heurtaux.

Les acteurs locaux sélectionnent les exploitations et apportent leur appui à la collecte des données : « On se base sur notre connaissance du territoire pour sélectionner les exploitations et les encourager à adhérer au réseau. L’objectif est de sélectionner des exploitations dont la performance est reproductible. En effet, pour que les données collectées soient utiles à l’ensemble de la filière, elles doivent refléter une réalité technique et économique atteignable par une majorité d’agriculteurs », détaille Yannick Soupapoulle.

Les résultats sont publiés sur le site de l’ODEADOM, sous forme de cas-types accompagnés de la méthodologie et d’un guide de lecture.

Des cultures différentes selon les territoires

Dans chaque DROM, 5 cultures jugées stratégiques (hors canne à sucre et banane) ont été choisies par les acteurs locaux. « Le suivi des exploitations doit être pluriannuel. Les informations collectées concernent à la fois le contexte de l’exploitation, les charges de structure, les intrants et les temps de travaux liés à l’itinéraire technique de chaque cycle cultural suivi, ainsi que le détail des produits récoltés, et permettent de calculer d’une part, les marges brute et nette à l’unité de surface, et d’autre part le coût de production à l’unité produite », détaille Mathilde Heurtaux, en charge du pilotage et de la coordination du projet à l’Acta.

Le choix des cultures est effectué par le Comité de suivi local, associant la DAAF, la chambre d’agriculture, l’interprofession des fruits et légumes, les représentants des filières et instituts techniques (IT2 et Armeflhor) sur la base de critères qui leur sont propres. Sur le territoire de La Réunion par exemple, en plus de l’ananas, de la mangue, de la tomate hors-sol et de l’oignon, la culture du fruit de la passion a été retenue : « C’est une culture que l’on souhaite développer, avec une transition qui s’opère entre la culture de plein champ et la culture hors-sol. C’est important d’avoir des éléments tangibles sur ces approches pour pouvoir les comparer et orienter éventuellement les producteurs », détaille Yannick Soupapoulle.

Ananas

Ces dernières années, les aléas climatiques et la pression des bioagresseurs ont entraîné l’abandon du suivi de certaines cultures et leur remplacement ; c’est le cas par exemple de l’agrumiculture, suite à l’arrachage des vergers victimes d’une maladie s’étant répandue rapidement.

  • En Martinique, les cultures retenues sont la cristophine, l’igname, la tomate de plein champ, la patate douce et le pitaya.
  • En Guadeloupe, les partenaires ont retenu l’ananas, la banane plantain, la laitue de plein champ, la tomate de plein champ et la patate douce.
  • À La Réunion, les suivis concernent l’ananas Queen Victoria, la mangue José, le fruit de la passion, l’oignon et la tomate hors-sol sous abri.
  • En Guyane, le choix s’est porté sur la lime Tahiti, le concombre de plein champ, la laitue sous abri et la patate douce.
oignons rouges

La finalité : construire des cas-types

Pour chaque culture suivie, un cas-type présente un itinéraire technique donné et ses performances techniques et économiques attendues pour un cycle cultural, dans un contexte pédoclimatique et un environnement socio-économique donnés. Il a été co-construit à partir de l’expertise d’agriculteurs et de techniciens, acquise grâce aux données issues de suivis pluriannuels réalisés auprès d’un échantillon de producteurs.

Un cas-type est avant tout un outil pour le conseil et un support de dialogue entre le technicien et l’agriculteur qui souhaite améliorer ses performances ou se lancer dans une production. Il permet aussi de simuler des changements de système ou de prix, et d’évaluer l’impact de ces changements.

À l’issue de plusieurs années de suivis réalisés avec la dernière version de l’outil qui intègre les charges de structure et permet ainsi de calculer les coûts de production, les RRDV ont publié 4 premiers cas-types : ananas Queen Victoria, oignon Rose Bourbon et mangue José à La Réunion, patate douce en Martinique.

Téléchargez les 4 cas-types :

Des documents méthodologiques permettent de comprendre comment sont produits ces cas-types et comment lire et interpréter les données.

Guide de lecture cas-types
Méthode Marges et coût de production

Perspectives et nouveaux enjeux

Fort de sa maturité, le RRDV regarde vers l’avenir. Le réseau s’étendra au territoire de Mayotte dès que possible. « Du côté de La Réunion, on regarde aussi à intégrer un suivi spécifique des exploitations en Agriculture Biologique », évoque Yannick Soupapoulle.

Le projet RRDV s’affirme comme un levier incontournable pour pérenniser les filières végétales Outremer. En structurant la démarche et en fédérant les partenaires, l’Acta montre sa capacité à transformer des données de terrain en repères technico-économiques concrets pour l’avenir des agricultures.

Les RRDV : Un outil stratégique pour l’agriculture d’Outre-mer
Yannick Soupapoulle, Secrétaire général

Déterminer un coût de production, une méthode originale

Dans les départements ultramarins, l’agriculture est très majoritairement une agriculture familiale, conduite sur de petites surfaces (SAU moyenne pour les 5 DROM : 5 ha, source Odeadom), qui privilégie le circuit court (72 % pour les 5 DROM, source Odeadom).

Du fait de l’absence de référentiels technico-économiques, on ne dispose pas de références moyennes sur les productions ou les exploitations de ces territoires.

La complexité fréquente des systèmes d’exploitation amène les RRDV à travailler à l’échelle de la parcelle (ou de la serre) et du cycle de production, et non à l’échelle de l’exploitation. On s’intéresse donc aux pratiques culturales et aux itinéraires techniques mis en œuvre par l’agriculteur.

Le coût de production est un indicateur ramené à l’unité produite, qui permet de vérifier la rentabilité d’une production dans les conditions de l’exploitation suivie. Obtenu en additionnant l’ensemble des charges, y compris un niveau de rémunération du chef d’exploitation, ramenées à l’unité de production (€/100 kg), il est plus informatif que le simple calcul des marges brutes et nettes à l’hectare.

« Mon temps, c’est de l’argent »

C’est le principal retour d’expérience des producteurs qui participent à ces réseaux. Ils prennent conscience de la valeur de leur travail, qui dans un contexte de faible mécanisation, rend parfois certaines productions d’une rentabilité limitée. La restitution des résultats est aussi l’opportunité de bénéficier d’une observation critique de ses pratiques, de se comparer avec des pairs et le cas échéant de modifier son itinéraire technique pour améliorer les performances et le revenu.

Pour aller plus loin

Réseaux d’Innovation et de Transfert Agricole (RITA)

  • Présents sur 3 océans
  • 10 territoires ultramarins
  • 180 acteurs instituts et centres techniques, chambres d’agriculture, organismes de recherche, interprofessions…
  • Projet RITA’Actiom lancé fin 2025
  • 4,5 M€ sur 5 ans (CasDar)

Partenaires :

Partenaires nationaux : Acta – Idele

Partenaires régionaux :

  • Guadeloupe : IT2, Chambre d’agriculture de Guadeloupe
  • Guyane : IFIVEG, Agriphylle, Agro-Conseil
  • Martinique : Chambre d’agriculture de Martinique
  • La Réunion : Armeflhor, ARIFEL, Chambre d’agriculture de La Réunion

Financement : ODEADOM

odeadom