Apiculture et pollinisation

L’abeille domestique est reconnue comme un insecte important pour l’économie grâce aux produits issus de son activité (miel, pollen, gelée royale…) et par son rôle d’auxiliaire de l’agriculture, en tant qu’agent pollinisateur. Elle participe largement au maintien de la biodiversité des écosystèmes végétaux, notamment de la flore spontanée. Des études récentes ont mis en évidence au niveau mondial un phénomène de déclin des populations d’abeilles sauvages et domestiques. L’Acta et l’ITSAP-Institut de l’abeille conduisent des travaux de recherche appliquée pour enrayer ce déclin et répondre aux attentes de la filière apicole.

L’UMT PrADE, la recherche concertée pour renforcer la protection des abeilles dans l’environnement

Depuis fin 2009, l’Acta coordonne l’Unité mixte technologique PrADE « Protection des abeilles dans l’environnement », qui rassemble les équipes de l’Inra-UR 406 Abeilles et environnement, l’ITSAP-Institut de l’abeille et l’Association de développement de l’apiculture provençale (ADAPI) autour de l’objectif d’intégration des connaissances en termes de protection des abeilles dans les agrosystèmes.

Enrichir les connaissances sur les ressources alimentaires des abeilles

Deux articles de l’UMT PrADE, publiés en 2013, améliorent l’état des connaissances sur l’alimentation des abeilles. Ces connaissances s’intègrent dans la conception de mesures agro-écologiques basées sur des aménagements du territoire améliorant les ressources trophiques disponibles aux abeilles.


Ces publications rapportent les travaux de Garance Di Pasquale et Orianne Rollin, doctorantes bénéficiant d’une convention industrielle de formation par la recherche (Cifre) entre l’Acta et l’Inra UR 406. Leurs travaux scientifiques emploient des démarches différentes mais complémentaires : l’une étudie la santé d’abeilles mellifères élevées en laboratoire, l’autre inventorie en zone de grandes cultures les communautés d’abeilles, mellifères et sauvages, sur différents couverts végétaux en fleurs. Di Pasquale et al. (2013) ont testé l’influence de la qualité et de la diversité de l’alimentation pollinique sur la santé d’abeilles mellifères en les soumettant à différents régimes monofloraux (ciste, bruyère, châtaignier, ronce) de qualités nutritionnelles variables, ou à un régime polyfloral composé des quatre pollens. Ces travaux ont montré que la qualité et la diversité pollinique ont une importance pour la survie de l’abeille, lorsqu’elle est soumise à des stress tels que Nosema ceranae. Ainsi, la disponibilité de différentes ressources florales apparait comme très importante pour compenser la qualité nutritionnelle moindre, et donc l’influence limitée de certains pollens, et améliorer ainsi la tolérance des abeilles aux parasites.

Améliorer la qualité, la régularité du nectar et du pollen disponibles, est bénéfique pour les abeilles domestiques et sauvages

Rollin et al. (2013) ont réalisé des inventaires faunistiques sur des couverts en fleurs en zone de grandes cultures (Plaine et Val de Sèvre, 79) d’avril à août de 2010 à 2012. Cela a consisté à capturer et identifier à l’espèce près de 30 000 abeilles butinant sur les fleurs, et ce sur plus de 800 couverts végétaux.

Ces abeilles ont été classées selon 3 groupes : abeilles domestiques, abeilles sauvages et bourdons. Les abeilles sauvages ont préféré butiner les fleurs sauvages des prairies et des bordures plutôt que celles du colza ou du tournesol (voir ci-dessous). Par exemple, la diversité en abeilles dans le colza a été 4 fois inférieure à celle mesurée sur une flore herbacée naturelle. Au contraire, les bourdons ont été plus présents sur les fleurs des cultures oléagineuses que sur les autres couverts fleuris, mais de façon moins marquée que l’abeille domestique.

Figure : Fréquence (en haut) et abondance (en bas) des pollinisateurs sur différents couverts végétaux en fleurs. Les abeilles domestiques, et dans une moindre mesure les bourdons, préfèrent butiner les fleurs de colza et de tournesol que les fleurs sauvages des prairies et des bordures, alors que c’est l’inverse chez les abeilles sauvages (Decourtye et al., 2013 ; Rollin et al., 2013).

Intégrer les connaissances pour proposer des mesures agro-environnementales

Forts de nos nouvelles connaissances sur l’alimentation des abeilles (Di Pasquale et al., 2013 ; Rollin et al., 2013), nous avons conçu des mesures agroécologiques visant l’amélioration des ressources alimentaires dans la zone de grandes cultures Plaine et Val de Sèvre (Decourtye et al. 2013a, 2013b). Nos leviers pour augmenter la disponibilité en nectar et en pollen sont les Surfaces d’Intérêt Écologiques (SIE), les cultures intermédiaires et la rotation culturale. Pour les SIE, les haies à partir d’espèces ligneuses d’intérêt (érable champêtre, cornouiller sanguin, viorne lantane, alisier torminal, troène) doivent être accompagnées de jachères, ou de bandes fleuries en bords de champ, implantées à l’automne d’un mélange à base de trèfle hybride, sarrasin, minette, sainfoin, lotier corniculé et phacélie. Cette jachère peut être broyée au début de la floraison du tournesol afin d’apporter une seconde floraison en fin de saison. Mais les mesures les plus performantes pour les abeilles associent ces SIE avec l’introduction de nouvelles cultures, et d’intercultures, mellifères et pollinifères dans les terres arables, comme la production de luzerne (2 ans en porte-graines puis 1 an en fourrage), de chanvre ou le sarrasin en culture intermédiaire.

Contact : axel.decourtye@acta.asso.fr (animateur de l’UMT PrADE)

L’ITSAP-Institut de l’abeille, la recherche appliquée au service de la filière apicole

L’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation a pour objectif de concourir au développement de l’apiculture à travers l’expérimentation, la recherche appliquée, l’assistance technico-économique, l’animation, la diffusion et la formation. Associé à l’Acta, il conduit les actions décidées par les professionnels de la filière apicole. Ses travaux traduisent les attentes et les préoccupations prioritaires du terrain.

 

DEPHY-Abeille – Mettre en place un réseau de systèmes de grandes cultures innovants, économes en pesticides et favorables aux abeilles

Pour toutes les cultures mellifères et pollinifères, il existe un rapport bénéfice/ risque qui est fonction des ressources alimentaires (qualité et quantité) qu’elles offrent aux abeilles et de la contamination de cette ressource par les pesticides. Mieux connaître ce rapport permettrait notamment d’évaluer le risque d’exposition des abeilles en fonction de l’attractivité d’une culture ciblée.

Au travers du projet Polinov (2010-2012), piloté par l’Acta, l’ITSAP-Institut de l’abeille avait travaillé à concevoir et évaluer à dire d’experts des systèmes de cultures innovants a priori favorables aux abeilles et adaptés à un agroécosystème de plaine céréalière, celui de la Zone atelier Plaine et Val de Sèvre coordonnée par le CNRS de Chizé. Avec le projet DEPHY-Abeille, l’institut teste sur le terrain l’impact de changements de systèmes de production agricoles sur le comportement de colonies d’abeilles, par la mise en place d’expérimentations en lien étroit avec les acteurs locaux.


Réaliser les expérimentations avec les acteurs locaux

L’objectif principal du projet DEPHYAbeille qui a débuté en 2013 est de réduire l’usage des pesticides en céréaliculture, en prenant en compte la protection des abeilles (favoriser la flore produisant nectar et pollen, réduire les risques d’intoxication) dans le processus de conception de systèmes innovants (rayon de butinage, toxicité des pesticides vis-à-vis de cet insecte, stratégie de butinage) et dans l’évaluation des performances des systèmes.

L’ITSAP-Institut de l’abeille, en tant que pilote du projet, est particulièrement investi dans le volet de co-construction des systèmes de cultures favorables aux pollinisateurs. Ce volet intègre l’analyse des pratiques des agriculteurs, la modélisation d’accompagnement avec les acteurs du territoire ainsi que la mise en place et le suivi des expérimentations chez les cultivateurs.

Une première phase d’enquêtes individuelles a été conduite en 2013 auprès des porteurs d’enjeux du territoire autour de la problématique abeille sur la zone (apiculteurs professionnels, amateurs, céréaliers, agriculteurs en système polyculture/élevage et élus communaux ou régionaux). Ces entretiens ont permis de rendre compte de la vision relativement restreinte que la plupart des acteurs ont de leur territoire, des autres acteurs présents, des ressources disponibles et de leurs interactions. Cette vision étant souvent centrée sur leur propre activité, l’analyse de ces données a conduit à l’élaboration d’un outil de co-construction sous forme d’un jeu de rôles, destiné à faire émerger entre apiculteurs et agriculteurs des idées nouvelles pour faire cohabiter leurs
activités.

 

Projet DEPHY Écophyto 2013-2018 (financement ONEMA/APCA)

Action pilotée par le ministère chargé de l’Agriculture, avec l’appui financier de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, par les crédits issus de la redevance pour pollutions diffuses attribuées au financement du plan Ecophyto.


Partenaires : Acta, Inra Avignon, CNRS-CEBC, Inra UE Magneraud, ENSAIA-Inra Colmar, Inra SAD EcoDev Avignon, Inra SAD Grignon, Chambre d’agriculture des Deux-Sèvres, CETIOM, ARVALIS -Institut du végétal, ITAB, Jouffray-Drillaud.


Pilote du projet : Fabrice ALLIER, ITSAP-Institut de l’abeille/UMT PrADE
Contact : fabrice.allier@itsap.asso.fr

Un outil développé par l’institut pour la filière : la grille VarEvaL, pour un comptage rapide des varroas

L’acarien parasite Varroa destructor constitue une menace permanente pour les colonies d’abeilles mellifères et une préoccupation majeure pour les apiculteurs.

La plupart des expériences sur Varroa, ainsi que les suivis de mortalité naturelle permettant d’évaluer l’infestation des colonies, utilisent le comptage des varroas morts et tombés sur un lange placé sous une grille au fond de la ruche.

Le comptage des chutes de varroas est un travail fastidieux pour les expérimentateurs. Lorsque le nombre de varroas est très important, le comptage devient fastidieux pour les expérimentateurs et peut donner lieu à une erreur importante. Pour alléger cette tâche, l’ITSAP-Institut de l’abeille et l’Inra d’Avignon, dans le cadre de l’UMT PrADE, ont conçu une méthode de comptage à l’aide de la grille VarEvaL.

Il s’agit d’une plaque ajourée de 48 cercles à travers lesquels on compte les varroas tombés sur un lange, placé au préalable au fond de la ruche. Ce procédé permet d’évaluer le nombre total de varroas en réduisant significativement le temps de comptage.

Cette méthode d’échantillonnage de lange utilisant les propriétés statistiques a fait l’objet de plusieurs publications scientifiques qui ont démontré son efficacité. Plusieurs associations de développement de l’apiculture utilisent désormais cette plaque de comptage de manière systématique pendant leurs expérimentations.

Cette méthode a été mise au point par une collaboration entre l’ITSAP-Institut de l’Abeille, l’Inra-BioSP et le laboratoire de biologie et pathologie de l’abeille (Inra Avignon) dans le cadre des activités de l’UMT PrADE. La grille VarEvaL peut être commandée sur www.itsap.asso.fr .

Contact coordination « Santé de l’abeille » : julien.vallon@itsap.asso.fr

 

 

1ères Journées de la recherche apicole

Il est de la mission d’un institut technique de contribuer à la diffusion et la valorisation de l’information scientifique et technique. L’ITSAP-Institut de l’abeille a donc organisé, en partenariat avec FranceAgriMer et le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, les 1ères Journées de la recherche apicole, les 6 et 7 février 2013.
Il s’agissait d’un colloque de deux jours faisant intervenir des chercheurs pour présenter l’avancée de leurs travaux financés dans le cadre du programme apicole européen, afin de faire le point sur des questions d’actualité et d’échanger avec les apiculteurs et les agriculteurs sur les problématiques qu’ils rencontraient dans la gestion de leurs colonies.

Ces journées ont permis de réunir plus de 200 personnes autour des thématiques suivantes :

  • méthodes analytiques ;
  • affaiblissement des colonies et stress environnementaux ;
  • moyens de lutte contre les bio-agresseurs ;
  • pollinisation et ressources de l’abeille.

À cette occasion, la filière apicole a pu découvrir les projets de recherche réalisés dans le cadre du programme apicole européen et rencontrer les équipes de recherches issues d’institutions françaises de renom : Anses, Inra, CNRS, universités, Instituts techniques…
Fort du succès de ce colloque, l’ITSAP-Institut de l’abeille souhaite renouveler cette manifestation chaque année.


Toute l’actualité de l’ITSAP-Institut de l’abeille et le rapport d’activité
2012/2013 sont disponibles sur: www.itsap.asso.fr

Contact ITSAP-Institut de l’abeille : patricia.odountan@itsap.asso.fr