Institutionnel

La R&D de demain et les partenariats gagnants pour répondre aux besoins des agriculteurs et de la société, au cœur des débats

18.06.2019
Assemblée générale de l'Acta 2019

Ce jeudi 13 juin 2019, l’Acta - les instituts techniques agricoles (ITA) a tenu son Assemblée générale au Village By Ca à Paris devant plus de 70 participants. Ouverte à tous dans une seconde partie, Sébastien Windsor, président et Jean-Paul Bordes, directeur général de l’Acta ont présenté la nouvelle feuille de route 2019-2021 et les priorités d’action de l’Acta tête du réseau des 18 instituts techniques agricoles après avoir dressé le bilan d’activité. Les 5 invités de marque de la table ronde et les témoignages des instituts techniques agricoles ont permis de croiser les regards et d’entrevoir les nouvelles collaborations avec les acteurs de la recherche-enseignement, du transfert-développement et des entreprises.

La rationalité qui est au cœur du métier de la recherche est souvent mise à mal dans notre société actuelle et en particulier sur les sujets agricoles. G. Bronner, professeur de sociologie, grand témoin et invité d’honneur, s’est alors exprimé sur la dérive des perceptions de l’être humain et a expliqué pourquoi elles oscillent entre croyance et réalités. Pour rétablir la réalité, tous les acteurs sont invités à se mobiliser pour réaffirmer les valeurs de la pensée critique et du raisonnement scientifique.

Un bilan d’activité Acta-ITA 2018, vitrine de la diversité des travaux de la recherche appliquée agricole en phase avec les attentes du terrain et de la société

Au cours de cette Assemblée générale, Sébastien Windsor, président de l’Acta et Jean-Paul Bordes ont rappelé la nécessité pour les ITA d’anticiper les besoins des agriculteurs et d’être en capacité de proposer aux professionnels des solutions opérationnelles en réponse aux préoccupations économiques, environnementales, sanitaires et sociétales. Les instituts techniques agricoles, sont en effet des acteurs de terrain au cœur du système Recherche & Développement français qui mettent à l’épreuve en permanence l’innovation et font émerger en continu des solutions pratiques actionnables par les agriculteurs et adaptées aux différents contextes économiques et pédoclimatiques.

À cette occasion, J.-P. Bordes a présenté le bilan riche de l’année 2018 où de nombreux exemples illustrent la capacité des ITA à mettre au point des innovations en phase avec les attentes du terrain et de la société. Pour la plupart, ces dernières ont été exposées au SIA 2019.

La Feuille de route de l’Acta 2019-2021, ambitieuse et prospective, ouverte aux questions de société

La feuille de route proposée, fixe les 7 axes de travail majeurs du réseau pour relever les défis de l’avenir de la agriculture : viabilité et durabilité des exploitations agricoles, conséquences et maîtrise du changement climatique en agriculture, protection des cultures, bien-être animal, qualité des produits, agriculture biologique, sécurité sanitaire des productions et de l’alimentation … ;
D’un point de vue dynamique, la feuille de route s’appuie sur un socle de base et 7 axes de travail reliés par un fil rouge numérique. Ce projet numérique commun aux instituts est en effet structurant. Il va permettre de gagner en cohérence au sein du réseau Acta et faciliter aux ITA l’accès à la modernité du monde agricole de demain, de valoriser les échanges, de diffuser les données, et de coordonner les compétences en science des données (modélisation…).

Les 7 grands axes de travail sont :

  • Accélérer le transfert des innovations en apportant un appui au réseau des instituts technique agricoles. En particulier la création et l’animation de la cellule Recherche-Innovation-Transfert en partenariat avec l’Inra et Chambres d’agriculture France (APCA) vise à démultiplier les connaissances. Il s’agit aussi d’explorer de nouvelles méthodes d’innovation (innovation participative) et d’intégrer l’apport des sciences sociales et humaines dans le processus d’innovation,
  • Renforcer les partenariats avec la recherche académique qui est un des grands partenaires des instituts, avec l’enseignement pour faciliter l’accès des enseignants aux références produites par les instituts, avec les entreprises les plus innovantes et avec les organismes de développement pour participer à la construction du nouveau conseil stratégique,
  • Faire vivre la représentation régionale de l’Acta et des instituts techniques agricoles en métropole et Outremer. La volonté est de consolider des projets collaboratifs au niveau régional et de mettre en place une représentation partagée au sein des instances de gouvernance régionale pour gagner en efficacité,
  • Inscrire la recherche appliquée agricole dans un cadre européen en poursuivant la participation aux appels à projets Europe, en créant un réseau européen de la recherche appliquée agricole facilitant les échanges entre experts et en créant des évènements et des rencontres d’envergure,
  • Augmenter la visibilité et l’ouverture des instituts techniques agricoles vers les filières et la société en commençant par se doter d’une charte d’éthique puis en créant un centre commun de références techniques et scientifiques agricoles dans le domaine végétal et animal. L’ambition se poursuit par la mise en place d’une relation de dialogue technique sur les enjeux sociétaux auprès des élus,
  • Valoriser les compétences des instituts techniques agricoles et les services vers les acteurs agricoles en s’appuyant sur l’annuaire des compétences du réseau des instituts, en explorant de nouvelles techniques de formation à distance et en développant une offre d’information numérisée,
  • Mettre en place un projet d’entreprise au sein de l’Acta pour conduire la feuille de route. L’objectif est de rénover le cadre des conditions de travail et d’emploi et de mettre en place des outils pour la conduite des activités et des projets afin de renforcer le socle de base.

D’avantage de collaborations interactives entre acteurs de la R&D

Au cours de table ronde animée par Jean-Paul Bordes sur le thème "Quelle Recherche & Développement agricole pour demain ?", les 5 personnalités du monde de la recherche-enseignement, du transfert-développement et des entreprises, se sont exprimées et ont permis de croiser les regards et d’élargir encore les perspectives de collaboration tout en saluant l’ambition et la légitimité du projet Acta 2019-2021 proposé à travers cette nouvelle feuille de route.

Philippe Vinçon, directeur général à la DGER plébiscite la méthode de travail où l’écoute des différents acteurs a été de mise pour consolider un projet ambitieux et partagé. Il encourage à nouveau le réseau à se saisir collectivement des opportunités offertes en matière de sources de financement à travers les projets européens de R&D en agriculture. En effet, la France est globalement contributrice à hauteur de 15 % mais le taux de retour estimé pour les acteurs R&D français n’est que de 10%.

Christine Cherbut, directrice générale déléguée aux affaires scientifiques de l’Inra affirme également qu’il est essentiel pour les acteurs de la recherche appliquée de s’engager collectivement au niveau européen car les questions d’agriculture sont d’une telle complexité que seule une approche transversale permettra d’éclairer les décideurs politiques et d’offrir une alternative au modèle américain. Le modèle français singulier et durable doit d’avantage être mis en exergue.

Pour Thierry Stadler, président du Club Sully, et vice-président du pôle IAR “Il faut remettre l’agriculteur et la société au centre et encourager l’innovation participative ; il est nécessaire d’être présent dans les régions et d’améliorer les collaborations entre les pôles de compétitivités et les instituts techniques agricoles pour faciliter la représentation et les complémentarités des acteurs de R&D “.

Comme l’affirme Guillaume Bocquet, responsable du pôle technique chez Axema, “La dynamique de mutualisation des ITA amorcée est remarquable et permet aussi de stimuler de nouveaux partenariats“.

“Alors que la parole du scientifique est aujourd’hui mise en doute par la société, il est important d’affirmer la neutralité des instituts techniques agricoles et de reconnaitre la véracité et le bien fondé de leurs travaux“.

Enfin pour Maximin Charpentier, président de la Chambre d’agriculture de la Marne et de la Chambre régionale Grand Est "Il faut assumer que l’agriculture française est plurielle et oser prendre la parole pour affirmer le projet agricole en rappelant que sa fonction principale est “de produire". Il encourage à s’ouvrir aux différents publics de la société pour faire connaitre la réalité de l’agriculture vertueuse et durable afin d’en valoriser les externalités positives en termes de bioéconomie et d’économie circulaire. Il propose de se concerter davantage entre les grands acteurs de la R&D pour rendre encore plus opérationnelles et complémentaires les feuilles de route de chacun.

Témoignages d’éleveur et d’agriculteurs : engagement et dynamisme du réseau Acta aux différentes échelles géographiques

Au niveau européen, Martial Marguet, éleveur dans le Doubs, président de l’Institut de l’Élevage-Idele précise : “Il faut poursuivre le rayonnement de la recherche appliquée française à l’international et rester leader“,

Au niveau régional, Alexandre Guillet, président de l’ITB et d’Acta Normandie explique comment les ITA“ s’organisent en Normandie notamment avec la Chambre d’agriculture régionale sur les actions de Recherche Développement et Innovation (RDI) depuis la mise en place de l’organisation inter-ITA en 2016. Il témoigne des avancées en termes de transferts des résultats vers les agriculteurs.

Hors métropole à la Réunion, Alain Dambreville, agriculteur et président de l’Armeflhor s’exprime sur les actions conduites par l’institut technique agricole de l’océan indien et sur les interactions entre ITA ou comment permettre la tropicalisation des thématiques de recherche appliquée des ITA.

Un invité de marque, Gérald Bronner, pour débattre sur les liens entre “croyance, risques & informations en agriculture“

Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’Université de Paris Diderot, est membre de l’Académie des technologies et de l’Académie nationale de médecine. Il travaille sur les croyances collectives, les erreurs de raisonnement et leurs conséquences sociales.

L’agriculture subit de fortes pressions et est sujette à de nombreuses controverses au travers des phénomènes "agribashing", de diffusion de "fakes news" ou de "théories du complot", comme les autres secteurs d’activité.

Gérald Bronner a exposé les facteurs qui favorisent ces dérives de la pensée et qui décrédibilisent la rationalité. Selon lui, par l’action de “minorités actives et très motivées“ des écarts se creusent entre l’opinion publique et les prises de position de consortia scientifiques notamment sur les sujets délicats.

En effet, dans le “marché déréglé“ de l’information et amplifié par le web 2.0, l’esprit critique de l’être humain est mis à l’épreuve. Internet n’est en effet pas un espace homogène et neutre mais est un espace qui résulte de la rencontre entre le sillon que l’être humain trace lui-même et le fonctionnement ancestral de son cerveau.

“Nous baignons dans l’insularité cognitive et nous nous enfermons dans nos bulles et biais cognitifs, entrainant la polarisation des points de vu“

Sur l’espace public d’information, des groupes souvent minoritaires réussissent à faire valoir leur point de vue au-delà de ce qu’ils représentent et ils diffusent des formes d’argumentation qui auparavant étaient confinées à des espaces de radicalité mais qui touchent aujourd’hui facilement plus de personnes indécises en quête d’information.

“Il faut rénover la communication de la science pour tenir compte du fonctionnement du cerveau de l’être humain“, encourage G. Bronner.

Sébastien Windsor conclue cette Assemblée générale sur une note d’optimisme. Il réaffirme sa volonté et celle des ITA du réseau Acta, de reprendre en main le destin de l’agriculture au travers de la nouvelle feuille de route Acta. Cela va en particulier se traduire par le renforcement de la communication vers l’extérieur et d’avantage de solidarité entre les acteurs et les différentes institutions de la R&D agricole. Cette communication aura vocation à remettre au centre "l’humain" via des récits authentiques qui permettront de faire mieux connaitre les agriculteurs, les instituts techniques agricoles et leurs innovations.

Le compte rendu d’activité 2018 de l’Acta – les instituts techniques agricoles est en ligne

 

 

 

 

Communiqué de presse

 

 

Retrouvez les ITW intégrales des présidents d’ITA sur la chaine Acta YouTube :

Martial Marguet, président de l’Institut de l’Élevage-Idele : https://www.youtube.com/watch?v=zS4yJFu30sU

Alexandre Guillet, président de l’ITB et d’Acta Normandie : : https://www.youtube.com/watch?v=gfJBUtTLMbk

Alain Dambreville, président de l’Armeflhor : https://www.youtube.com/watch?v=PJRiJyvMtXQ

 

Contact presse : Marie Sela-Paternelle - Tél : 01 40 04 50 46 - courriel : communication@acta.asso.fr

À propos de l’Acta

Animateur d’un réseau, l’Acta fédère les instituts techniques agricoles (ITA) pour valoriser leur expertise de terrain et leur savoir-faire unique en France et à l’international. Sa raison d’être est de connecter les hommes et les savoirs pour accélérer l’innovation et améliorer la compétitivité au cœur de territoires et des filières. Suivez l’Acta sur: www.acta.asso.fr@Acta_asso, www.acta.asso.fr/linkedin